Enrôler les citoyens dans la politique sécuritaire

Libération du 13.01.06

mercredi 1er février 2006

Le ministre crée une « réserve de la police nationale », composée de volontaires.


De sa casquette de mi­nistre de l’Intérieur qu’ il juge trop étroite, Nicolas Sarkozy a sor­ti quelques nouveau­tés, à commencer par la créa­tion d’une « réserve citoyenne de la police nationale » qui donnerait un coup demain dans sa « lutte résolue contre les bandes ». Il entend utiliser les citoyens qui, comme les sa­peurs-pompiers volontaires, « veulent donner un peu de leur temps pour apporter leur contribution à la création d’une meilleure sécurité » et en trou­ver 1000 en 2006. « Ils seront agréés par la police, porteront des signes distinctifs », a-t-il précisé, mais « n’auront aucune prérogative de puissance pu­blique, ne seront pas armés, ne participeront à aucune mission de police ». Il les cantonnerait dans « des missions de média- tion, de relation avec la population ,de sensibilisation à la loi et à la bonne conduite ». Sans plus de détail. Ne s’agit pas plutôt, de milices de quartier labellisées police nationale ? Ou d’une copie du système anglais des « voisins » qui patrouillent autour de leurs maisons ? Pla­ce Beauvau, on jure qu’il n’est question « ni de milices citoyennes ni de garde nationale » : « Il s’agit de permettre aux bonnes volontés, aux associations qui nous ont sollicités, de faciliter et d’apaiser les relations entre la police et certains membres de la population, de mettre en garde des gens au comportement agressif ou prédélictueux", à l’instar « des correspondants de nuit », qui jouent un rôle de médiation de proximité. Supporteur du club de foot du Paris-Saint-Germain, Sarkozy a stigmatisé les « comporte­ments de violence et de haine ra- ciale » dans les stades, « il y a des tribunes qui font honte », et ne veut plus « mettre 2000 poli­ciers pour un match ». Il enjoint donc les préfets à appliquer les « interdictions administratives de stade » que la loi va permettre d’appliquer, et bombarde un « monsieur Football » au sein de son ministère pour en­tretenir d’étroites relations avec le milieu sportif. Outre la création d’une police ferroviaire nationale de 2 500 fonctionnaires cette an­née, Sarkozy a indiqué qu’il se rendrait dans le train Nice­-Lyon pour y annoncer d’autres « mesures de sécurité ». Revenant de façon plus pondérée sur les incidents du 1er janvier à bord de ce TER entre des jeunes gens et des voyageurs, le ministre de l’Intérieur a admis que « le choc a été plus important que la réalité de ce qui s’est passé » et évo­qué le « sentiment d’insécurité » sou­vent supérieur à la gravité des faits. Sans vouloir « minimiser la souffrance des victimes », il a relativisé leur nombre (« A ma connaissance il y en a trois ») et leur agression. A l’issue d’une journée de suren­chère politique, le même Sar­kozy avait évoqué sur TF1 « I’époque des diligences » et des « tentatives de viol » dans ce train... Hier, il ne parlait plus que « d’une jeune fille victime d’attouchements », et d’une « deuxième jeune femme impor­tunée (...) par toute une bande d’ une trentaine d’individus sans scrupule ». Enfin, le ministre n’envisage « pas de généralisation » des « policiers référents » dans les écoles mais « des solutions au cas par cas ».

PATRICIA TOURANCHEAU