« Educs, pas indics », les éducateurs manifestent contre le projet Sarkozy

jeudi 18 mars 2004, par Emmanuel

PARIS (AFP) - Educateurs de rue, assistantes sociales et médecins de PMI venus de toute la France ont défilé mercredi à Paris pour protester contre l’avant-projet de loi Sarkozy sur la prévention de la délinquance, qui impose un « devoir de signalement ». Des manifestations ont également eu lieu à Bordeaux (1.200 personnes), Toulouse et Limoges.


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A Paris, où les provinciaux étaient également en grand nombre, ils étaient 4.700 selon la police, 15.000 selon les organisateurs, la « plus grande manifestation de travailleurs sociaux depuis trente ans », selon Danielle Atlan, du collectif organisateur. « Pour une première manif, c’est très important », a-t-elle dit à l’AFP car il est prévu d’autres mobilisations qu’une assemblée générale devrait préciser mercredi soir. De l’avenue des Gobelins, les manifestants, déclinant sous toutes les formes le thème de la « délation », se sont dirigés vers le ministère des Affaires sociales pour réclamer son intervention dans un dossier qui ne relève pas prioritairement du ministère de l’Intérieur.

« Educs, pas indics », « prévention, oui, délation, non », « nous ne serons pas les flics de la jeunesse » : c’est essentiellement la disposition qui imposerait aux intervenants sociaux un « devoir de signalement » aux maires lorsqu’ils interviennent « au bénéfice d’une personne présentant des difficultés sociales, éducatives ou matérielles » qui provoque la colère.

« Notre technique, c’est la mise en confiance, la responsabilisation du jeune. C’est impossible s’ils soupçonnent qu’on va les signaler à la police », affirme un groupe d’éducatrices spécialisées de Nanterre et Paris.

Refusant de « mélanger prévention et répression », les éducateurs estiment que le signalement des jeunes « à problèmes » à la police n’est pas de leur ressort.

Ils condamnent aussi la « stigmatisation » des personnes en situation précaire, « assimilées à de possibles délinquants ».

"La définition des personnes à signaler est très vague, c’est

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l’essentiel de celles qui fréquentent les PMI« (protection maternelle et infantile), affirme Bruno Percebois, médecin de PMI à Epinay sur Seine (Seine-Saint-Denis). »Si demain je suis obligé de faire des signalements au maire, c’est un recul du secret professionnel« , dit-il, estimant que »le maire a une proximité avec la population qui peut poser problème".

Concernant l’absentéisme les assistantes sociales de l’Education nationale estiment que « ce n’est pas en terme de répression qu’il faut répondre, mais en recherchant les causes des absences répétées », selon Françoise Niane, assistante sociale dans le Doubs.

Elle ajoute que « déjà la police demande des informations sur des gamins ou la liste des familles bénéficiaires du RMI ». « Aujourd’hui, on peut refuser, le code de la famille nous protège, mais demain ? »

En écho à la manifestation, Christian Estrosi, député UMP des Alpes-Maritimes et proche du ministre de l’Intérieur, a déclaré mercredi que l’avant-projet de loi « n’avait aucunement pour effet de faire des travailleurs sociaux de quelconques délateurs », « bien au contraire, ils verront leur rôle auprès des jeunes en difficulté renforcé, notamment par le biais d’une meilleure coordination entre les différents acteurs de la prévention ».