Educateurs pas délateurs

vendredi 14 octobre 2005, par Sophie.L

La légitimation de la délation n’appartient qu’aux systèmes totalitaires, résistons...


Hier nous dénoncions la mission d’intégration des marginaux aux normes, que la société voulait nous voir appliquer, et le contrôle social. Aujourd’hui nous devrions devenir les garants de la paix sociale, un simple maillon de la répression formalisé par les lois Sarkosy et Perben, en utilisant la délation.

Depuis ces lois liberticides, la pauvreté et la différence constituent à elles seules un délit, les chômeurs de longue durée, les R.M.Mistes, les prostituées, mendiants, gens du voyage, immigrés sans papier, deviennent les boucs émissaires d’une société qui produit elle même de l’exclusion.Il faudrait « mériter » les indemnités chômage, les allocations de misère, ouvrir la chasse pour délit de sale gueule, de marginalité, de pauvreté...

Dénoncer deviendrait un acte civique... Les travailleurs sociaux devraient se transformer en nouveaux indics du système, dénoncer aux maires les personnes bénéficiant d’un suivi social, remplir des fichiers comportant des informations à caractère ethnique, privé. Nous devrions nous associer à des réunions pluridisciplinaires, où se côtoieraient enseignants, policiers, élus, pour évoquer certains cas difficiles.C’est la culture du secret partagé, mais partagé avec qui ? La police doit elle faire partie de nos réseaux de partenariat ?

Dans quels régimes la délation se transforme-t-elle en acte civique ? Hitler dès son arrivée au pouvoir en 1933 incitait la jeunesse à dénoncer ceux qui professaient des idées contraires à l’idéologie du Reich. Le gouvernement de vichy en instituant la délation a conduit des millions de juifs, d’homosexuels, d’opposants politiques de gitans dans les camps de la mort. Les Etats Unis sous le maccarthysme dans les années 50,ont recruté d’anciens nazis au sein de la CIA pour faire « la chasse aux rouges » Sans oublier les gigantesques massacres, internements, procès arbitraires de la Russie Stalinienne.

Est-ce de ce type de société que nous voulons ?

La dictature apparaît là où l’ennemi intérieur est désigné : Dans ce contexte sécuritaire qui frise la démence, l’ennemi intérieur, c’est le pauvre, l’immigré, le parent défaillant, le marginal... Ils seraient arnaqueurs profiteurs, paresseux, parasites, déviants, « sauvageons »... Rétablissons l’ordre moral, mettons fin à la mixité dans les écoles, rendons l’apprentissage de la Marseillaise obligatoire, piétinons l’ordonnance de 45 en les enfermant comme dans les années trente !

Il existerait par conséquent une citoyenneté à deux vitesses celle qui a droit de Cité, et celle qui doit être dénoncée.

Paradoxalement la loi du 2 janvier 2002 avait pour objectif de mettre l’usager au centre des dispositifs, afin qu’il devienne acteur des interventions éducatives, et que ses droits soient respectés. S’agissait-il là d’un alibi ? Peut on extraire l’individu du contexte ? La législation n’a plus de sens dans une démocratie lorsqu’elle est contredite par l’éthique.

L’article 21 de la constitution de 1958 stipule : Lorsque « le gouvernement viole les libertés et les droits garantis par la constitution la résistance sous toutes ces formes est le plus sacré de tous les droits et le plus impérieux des devoirs »

En tant que travailleurs sociaux nous devons souscrire à ce droit de refus. Les élus ne sont pas nos mandataires et en aucun cas nous ne signalerons des personnes dont le seul délit est d’avoir été exclu des normes sociales.

Nous continuerons à travailler sur la base de la relation de confiance, d’ entraide, de libre adhésion, socle de la loi de 1972 sur les statuts de la Prévention Spécialisée mais aussi du travail social en général.

C’est le gouvernement qui est hors la loi ! Il ne suffit plus de constater, de se lamenter, il faut renforcer ce formidable courant qui s’organise au sein des Collectifs de Travailleurs Sociaux, articuler nos actions avec les syndicats, les associations qui résistent, réagir dans nos institutions, et surtout refuser de se laisser instrumentaliser par un pouvoir qui enterre la prévention générale et spécialisée, prône la tolérance zéro et l’applique grâce à des lois liberticides et discriminatoires.