Éducateurs, oui ; délateurs, non !

samedi 23 octobre 2004

Des enseignants Nantais ont fait grève hier pour soutenir des familles étrangères menacées d’expulsion du pays ou de leur logement. En filigrane, le refus de devenir des délateurs.


Voir en ligne : L’Huma

Nantes, (Loire-Atlantique),

correspondance particulière.

Salle nº 5 du palais de justice de Nantes (Loire-Atlantique) hier matin. Une trentaine d’enseignants en grève, accompagnés de parents d’élèves, sont venus

assister à l’audience. Des familles étrangères, comme cette famille kurde logée dans un foyer Sonacotra, sont poursuivies pour ne pas avoir remis les clés de leur hébergement suite au jugement qui les déboutait de leur demande d’asile. L’après-midi, d’autres familles sont convoquées au tribunal administratif. Là encore des enseignants seront présents. Pas question pour eux de relâcher la pression alors que les arrêtés de reconduite à la frontière et les avis d’expulsion des logements se multiplient depuis la rentrée.

Soutenues par le SNUIPP, le SNES et SUD, qui ont déposé un préavis de grève pour cette journée de mobilisation, leur intention est claire : maintenir le rapport de forces avec les pouvoirs publics pour obtenir des solutions d’hébergement et empêcher l’éclatement de familles. « Plus de 200 familles expulsables vivent aujourd’hui dans le département, explique Françoise Salmon, enseignante, active au sein du collectif Enfants étrangers citoyens solidaires, créé en juin. On ne peut pas tolérer le choix qui est imposé aux parents, abandonner leurs enfants à la DDASS ou retourner dans leur pays avec eux ! » D’autant plus que les enseignants connaissent ces enfants scolarisés depuis plusieurs années ici, et mesurent leurs efforts pour s’intégrer. « C’est dur d’entendre un élève vous dire que demain, il va dormir dehors », explique Nadège Rigaud, une jeune enseignante.

La mobilisation a pris forme après qu’une famille avec trois enfants et dont la mère était enceinte de huit mois ait été mise dehors d’un hôtel de Saint-Herblain. Depuis plusieurs mois, des parents d’élèves découvraient que de nombreux parents étrangers, déboutés du droit d’asile, risquaient l’expulsion de leur logement. De leur côté, les enseignants étaient de plus en plus directement confrontés à ces situations : l’utilisation d’avis de recherche dans les écoles pour retrouver, via les enfants, les parents en situation irrégulière, a suscité leur colère. « Cela me rappelle Vichy », s’exclame Françoise Salmon. Au début du mois, deux policiers se seraient même introduits dans une maternelle de Nantes. L’inspection académique, qui relaie ces avis de recherche, a déjà précisé à quelques enseignants qu’il

ne fallait pas avoir d’états d’âme. Malgré ce rappel à l’ordre, certains directeurs d’école ont d’ores et déjà

affirmé leur intention de ne pas donner suite. Comme Anne [1], qui pense que « ça laisse présager de la nouvelle loi sur la prévention de la délinquance avec un interlocuteur policier par école ».

Olivier Quarante


Notes

[1] Le prénom a été modifié