Echec de la motion de censure

Le Monde, 2 mars 2004

lundi 1er mars 2004

La motion de censure déposée par les socialistes contre le gouvernement Raffarin a échoué mardi à l’Assemblée nationale, ne recueillant que 175 voix de députés PS, PCF et Verts sur 577.


Attendu, l’échec de la motion de censure du gouvernement Raffarin par le PS a été l’occasion pour François Hollande, premier secrétaire du PS, de dénoncer la politique économique et sociale de Matignon et son projet de loi sur la décentralisation. Défendant sa politique, le premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, a accusé l’opposition de faire le jeu de « l’extrémisme » par ses « procès d’intention ».

Mais si l’échange ferme et sans complaisance était prévisible entre les deux hommes de bords politiques différents, étant donné le contexte électoral, les débats ont été surtout marqués par l’intervention du président de l’UDF, François Bayrou, qui a volé la vedette aux autres leaders politiques... jusqu’à faire sortir le président de l’Assemblée nationale de sa réserve et provoquer successivement les huées de la gauche et de la droite.

François Bayrou a électrisé mardi le débat sur la motion de censure à l’Assemblée : huées, invectives et même vif échange avec Jean-Louis Debré ont marqué l’intervention du président de l’UDF, qui s’est montré particulièrement critique à l’encontre du gouvernement et de l’UMP.

Deuxième orateur à monter à la tribune, après François Hollande (PS), M. Bayrou a été interrompu une première fois par la gauche lorsqu’il soulignait que « la cible prioritaire » du PS était « l’UDF ».

« C’est indigne ! Grenouille de bénitier ! », a lancé aussitôt le porte-parole socialiste Julien Dray. S’ensuivaient plusieurs apostrophes entre MM. Dray et Bayrou, qui s’accusaient mutuellement d’attaques personnelles. Quelques minutes plus tard, ce fut Jean-Louis Debré qui, de manière inhabituelle, interrompait M. Bayrou pour contester ses propos. Le président de l’UDF venait de laisser entendre que l’Assemblée était devenue « au fil du temps (...) une simple chambre d’enregistrement » où l’on « n’accepte même pas les amendements ».

« Vous devriez venir plus souvent à l’Assemblée nationale. Vous constaterez que beaucoup d’amendements y sont adoptés », a sèchement répliqué du haut du perchoir M. Debré, visiblement agacé. L’ambiance s’est aussitôt tendue et des interpellations fusaient des bancs de gauche comme de ceux l’UMP, seule la dizaine de députés UDF présents applaudissait.

Pour étayer ses propos, M. Bayrou a alors évoqué pêle-mêle les ordonnances sur la « démographie médicale », les nominations « pour des raisons d’amitié » au Conseil constitutionnel ou encore « la connivence entre les puissants et les initiés chaque fois qu’ils sont mis en cause », allusion visible à la polémique après la condamnation d’Alain Juppé.

Présent dans l’hémicycle, le président de l’UMP comme le premier ministre avaient le visage fermé. Claquement de pupitres et huées sur les bancs UMP ont alors accueilli les propos de M. Bayrou, tandis que le président de la commission des lois, Pascal Clément, lançait : « C’est le discours des extrêmes ! », et un autre élu UMP criait : « François tu dérapes ! ».

Au bout d’une demi-heure de discours, le président de l’UDF a conclu : « Nous ne voulons pas la chute du gouvernement (...) c’est pourquoi nous ne voterons pas la censure ! ». A ces mots, c’est au tour des bancs de gauche de scander en choeur : « faux-cul ! faux-cul ! »

Le débat a ensuite repris son cours, dans le calme, avec les interventions de Marie-George Buffet (PCF), Bernard Accoyer (UMP) et Martine Billard (Verts), ne s’animant qu’avec la réponse de M. Raffarin, auquel les élus UMP ont réservé une « standing ovation ».

Avec AFP