Des travailleurs sociaux au coeur du problème ...

vendredi 30 janvier 2009, par Etienne

... et le coeur du problème, de plus en plus souvent, c’est la police !


Une brève de ce site faisait récemment part d’une offre d’emploi pour un travailleur social en commissariat.

Ces offres sont si florissantes en ce moment que les questions qu’elles soulèvent valent bien un petit article. Il n’y a qu’à jeter un oeil régulièrement aux offres d’emploi des ASH (revue bien connue des travailleurs sociaux) pour s’en convaincre.

C’est l’article 2 de la Loi de Prévention de la Délinquance du 05 mars 2007, loi contre laquelle les collectifs antidélation se sont créés dès son annonce en 2004, qui permet cette aberration :

« Une convention entre l’Etat, le département et, le cas échéant, la commune peut prévoir les conditions dans lesquelles un ou plusieurs travailleurs sociaux participent, au sein des commissariats de la police nationale et des groupements de la gendarmerie nationale, à une mission de prévention à l’attention des publics en détresse. »

Les bonnes consciences nous diront que la présence d’un travailleur social peut rassurer, notamment les victimes mais aussi les suspects et apaiser des tensions voire éviter des conflits.

Pourtant c’est un mélange des genres particulièrement pervers. L’amalgame « police / travail social » ou « repression / prévention » ne va pas faciliter la confiance déjà limitée que les personnes en difficultés accordent généralement aux travailleurs sociaux.

J’avoue ne pas bien comprendre ce qu’un travailleur social, qui a vocation à venir en aide à un certain public, peut avoir à faire au coeur du système répressif. A part peut-être justifier l’injustifiable et donner une caution humaine à un lieu où les suspects ne sont souvent pas traités « humainement », justement. Des professionnels seraient assez naïfs pour penser qu’ils épargneront des mauvais traitements aux suspects, ou même seulement pourront en témoigner ? Surement pas, on ne peut être si aveugle !

Alors assez naïfs pour croire que leur présence apportera du réconfort à des victimes ? J’en doute et le lieu n’est certainement pas le plus approprié à une mise en confiance suffisante pour mettre à l’aise qui que ce soit. Surtout dans un contexte sécuritaire où les violences policières sont de plus en plus banalisées et publiques, connues de tous.

Alors quel peut-être leur véritable rôle ? Une lecture plus attentive des offres d’emploi nous donne des pistes. Passons sur les bonnes intentions d’aide aux victimes, d’orientation vers les gens bien qui les aiderons etc ...

Et attardons nous sur un autre aspect :

à Montreuil : « articuler son action avec un large réseau partenarial »

à La Courneuve : « Développement et animation de partenariats »

Aux Mureaux : « établir une interface de qualité entre les services de police et le secteur social dans sa globalité » ; « parfaite maîtrise du travail en partenariat et en réseau »

Ces trois exemples sont clairs : briser en douceur la résistance des travailleurs sociaux attardés qui résistent encore à la délation. Ceux qui refusent de collaborer et de donner à la police les renseignements qu’ils détiennent sur les personnes et familles qu’ils suivent. Ceux qui ont une éthique et une conscience d’un autre temps, celui de la démocratie et des libertés, du travail social au service de la personne et pas de l’Etat.

On comprend bien maintenant que ce n’est pas par hasard que cette disposition apparait dans la LPD. L’esprit de cette loi a bien toujours été, dès son premier projet en 2004, d’obliger les travailleurs sociaux à collaborer avec la police, soit directement soit par le biais de nouvelles instances de « prévention ». C’est tout l’esprit de l’article 8 (pour cet article, la loi complète et tout ce qui s’y rattache, voir cette rubrique.)

Les assistantes sociales sont désormais habituées à voir débarquer dans leurs bureaux des policiers en uniforme avec ordinateur et imprimante portables pour les interroger « sans les déranger par une convocation » sur toutes sortes d’informations confidentielles. Ça fait mauvais genre et parfois ça choque. Quand c’est un travailleur social lui-même qui fait ce boulot, ça passe mieux, surement ! Ceux qui croient encore un peu (et seulement un peu) au secret professionnel perdront leur scrupules.

Voilà donc le rôle de ces supplétifs du pouvoir sécuritaire. Agir sur leurs « collègues » et les faire plier.

Des traitres, il y en a toujours eu, il y en aura toujours ... mais des résistants, il y en a aussi toujours eu et il y en aura aussi toujours ...