Des réponses musclées à la délinquance des jeunes

par Joël PLANTET - Lien Social

jeudi 3 février 2005


Le rapport parlementaire sur la prévention de la délinquance confirme les craintes des travailleurs sociaux, qui dénoncent une approche sécuritaire et appellent à une manif parisienne le 3 février. Dans le même temps, le gouvernement tire un bilan positif des centres éducatifs fermés

En visite fin janvier dans une structure de Mont-de-Marsan, Dominique Perben, Garde des Sceaux, s’autofélicitait en dressant un premier bilan, évidemment positif, des centres éducatifs fermés (CEF), arguant d’une baisse de 30 % des mineurs détenus depuis 2002. Deux cent trente jeunes étaient comptabilisés comme ayant séjourné dans ce type de structure, dont seulement... 28 avaient été suivis pour étude, relativisant ipso facto les messages euphorisants dudit ministre. Quatorze CEF supplémentaires devraient être ouverts d’ici à la fin 2005 - ils sont au nombre de onze aujourd’hui -, la loi prévoyant six cents places pour la fin de l’année 2007.

« Nous avons comblé un vide qui existait dans la lutte contre la délinquance des mineurs, un lieu où la sanction et l’éducation doivent marcher ensemble », les CEF ayant « trouvé leur place dans le dispositif de lutte contre la délinquance ». Pourtant, en juillet 2003, alertée par le nombre de fugues de ces mêmes structures, la Chancellerie avait ajouté à leur cahier des charges des périmètres « clôturés » avec « accès unique actionnable par télécommande », des « systèmes de barrière infrarouge » et des « dispositifs de contrôle des mouvements »...

Cette politique est un « véritable retour à la prise en charge pénitentiaire des mineurs délinquants », s’insurge le syndicat national des personnels de l’éducation surveillée (SNPES-PJJ-FSU) : le « confinement et la contention des jeunes » génèrent la violence et s’accompagnent d’atteintes aux droits des mineurs ; les seuls centres offrant un projet pédagogique viable sont « ceux qui se sont écartés du strict cahier des charges et de l’enfermement pour s’ouvrir à une prise en charge tournée vers l’extérieur ». À ce propos, une véritable « mise en scène médiatique » qualifiée de « grossière manipulation » aurait, en l’occurrence, imposé une activité à l’intérieur du centre visité par le ministre à des jeunes exerçant des activités scolaires ou professionnelles à l’extérieur !

Enfin, le syndicat rappelle qu’un jeune restera toujours stigmatisé par un passage en CEF (dont les moyens sont « sans commune mesure avec ceux attribués aux autres services de la PJJ ») et considère ces établissements comme potentielle « antichambre pour l’incarcération des mineurs ». En regrettant globalement que l’intervention des éducateurs dans les quartiers pour mineurs et les 400 places prochainement ouvertes dans les futurs établissements pénitentiaires contribuent « à banaliser l’incarcération des mineurs et en faire un moment comme un autre de leur parcours ».

Quelle prévention de la délinquance ?

Mais « comment reconstituer un espace social en voie de dissociation sans pour autant sombrer dans l’« hystérie sécuritaire » ? ». C’est une des pertinentes questions posées par un récent ouvrage [1], qui a choisi de se pencher sur l’intérêt des responsables politiques pour le thème de l’insécurité.

Après quelques généralités, le rapport Bénisti sur la prévention de la délinquance avait dressé en fin d’année 2004 la « courbe évolutive d’un jeune s’écartant du « droit chemin » pour s’enfoncer dans la délinquance », de fait un graphique sur lequel on pouvait suivre un « parcours déviant » s’écartant dangereusement d’un « parcours normal ». L’écrit (réalisé par vingt députés - 16 UMP, 2 UDF, 2 PS) préconisait, pour chaque étape, quelques actions de prévention.

Les quinze propositions tournent autour de la responsabilisation des parents, la redéfinition du secret professionnel, la place des maires au centre de la politique de prévention, la nomination d’un référent tout au long du parcours d’un jeune... La proposition 12, par exemple, préconise de « réintroduire la valeur du mérite, des droits et des devoirs de chacun dans la société dans l’enseignement secondaire », la 13 revalorisant les filières d’internat ou de formations professionnelles en alternance. « Cette société-là, on n’en veut pas ! », réagit vivement le collectif national unitaire (CNU) regroupant des associations, syndicats ou organisations de défense des droits et appelant à une manifestation parisienne le 3 février. Celle-ci s’inscrira en droite ligne du mouvement du 17 mars 2004 contre le projet de loi de prévention de la délinquance, qui avait rassemblé à Paris plus de dix mille personnes.

Ainsi, toute personne, dénonce le CNU, « présentant des difficultés sociales, éducatives ou matérielles » serait considérée comme potentiellement délinquante ’ Les jeunes issus de l’immigration et les élèves absentéistes particulièrement désignés et signalés au maire ? Le collectif résume une des étapes de ce « graphique pseudo-scientifique » : « La mère non francophone d’un enfant de deux ans se trouve désignée comme facteur de risque, qu’il faut corriger en... interdisant à cette mère de parler son « patois » (sic)... Le maire doit, bien sûr, être au courant de tout cela, et il faut donc développer « une culture du secret partagé »... avec la police ! ». Il rappelle les attaques récentes en règle qu’a pu récemment subir la lutte contre l’échec scolaire : suppression des surveillants, réduction des aides éducateurs, installation d’un « correspondant police »... À ce propos, « l’opération de contrôle et de fouille au corps organisée par les services de police le 6 janvier devant les établissements scolaires illustre grandeur nature ce que le gouvernement et le ministre de l’Intérieur envisagent en matière de prévention de la délinquance », estime le CNU.