Délit de solidarité

Rouge, n°2060, 15 avril 2004

vendredi 16 avril 2004


Voir en ligne : http://www.lcr-rouge.org/

Mardi 6 avril, Olivier Pira, éducateur spécialisé du service « droit des jeunes » d’une association de prévention Lilloise, a été placé plusieurs heures en garde à vue et mis en cause dans le cadre d’une « aide au séjour irrégulier d’un étranger ».

Contacté sur son lieu de travail, Olivier Pira a dû se rendre dans les locaux de la police de l’air et des frontières pour s’expliquer sur la situation d’un « jeune étranger ». Il lui est reproché d’avoir accueilli dans son service un jeune en difficulté et de l’avoir conseillé, quand bien même il agissait dans le cadre normal et habituel de l’exercice de ses missions professionnelles.

Cet arbitraire remet en cause l’éthique professionnelle des intervenants sociaux fondée sur la relation de confiance avec les usagers. C’est la conséquence de l’application de la loi Sarkozy de novembre 2003 sur l’immigration, qui prévoit tout un arsenal répressif et dissuasif et instaure un délit de solidarité. Tout professionnel qui, dans le cadre de ses fonctions, recevrait un étranger pourrait subir un sort similaire à celui de ce salarié.

Alors qu’une forte mobilisation anime depuis plusieurs mois le secteur socio-éducatif en réaction au projet de loi « pour la prévention de la délinquance », cette affaire témoigne du renforcement d’une société sécuritaire basée sur le contrôle, l’exclusion et la répression, qui stigmatise les plus défavorisés et les rend coupables de leur situation. Le 21 avril sera une occasion de montrer, dans chaque régions, notre détermination au rejet de cette société et d’exprimer notre solidarité et notre soutien à Olivier Pira.