Délation spontanée par une assistante sociale

Une assistante sociale de Besançon dénonce un sans-papiers à la police

jeudi 3 juillet 2008


Son objectif, très simple, très française patriote fière de vivre dans un pays où sévit un ministère de l’identité nationale : dénoncer un sans-papier !

Mieux encore : dénoncer un sans-papier rencontré et dont elle a eu connaissance de la situation administrative dans le cadre de sa profession ! Elle avait rencontré cet homme chez une femme qu’elle suivait en tant qu’assistante sociale et s’est empressée d’aller le décrire à la police avec force détails. Il s’est avéré ensuite qu’il était le demi-frère de cette femme. Il a été arrêté illico et placé en rétention.

Action de délation pétainiste consciente par une sarkoziste convaincue ? Décision individuelle ou concertée avec ses collègues (on aurait du mal à l’imaginer) ? Difficile à dire, mais la question se pose de ce qui a pu amener un tel comportement dans un milieu que l’on a pu croire un temps à l’abri de la folie sécuritaire.

Une petite remarque d’abord :

On peut émettre l’hypothèse que cette femme, peut-être sans être ouvertement xénophobe, a pu estimer que la présence de cet homme chez la personne qu’elle suivait professionnellement nuisait au bien-être de cette personne et de ses enfants. Attitude assez fréquente de travailleurs sociaux dans la toute puissance, décidant subjectivement de ce qui est bon ou non pour les gens auprès de qui ils travaillent. Première interrogation éthique que pose cette affaire !

Ensuite, l’idée de réaliser au plus vite un objectif, de faire du résultat. Notion qui se répand de plus en plus dans ce milieu, notamment depuis la loi 2002. Le plus simple dans cette optique est de se faire aider par la police, ce qui dispense d’un travail de fond. D’autant plus que la loi de prévention de la délinquance tente de nous imposer l’idée que travailleurs sociaux et policiers sont un peu collègues.

Puis l’absence totale de conscience d’être encore soumise au secret professionnel (là encore effet secondaire de la loi de prévention de la délinquance).

Le fait que ce gars ait été sans-papier n’a peut être été vécu par cette AS que comme un moyen plus facile de s’en débarrasser (ou d’en débarrasser la personne qu’elle suivait, mais en l’occurrence c’était probablement plus l’AS qu’il génait). Sa démarche a du être facilitée par l’ambiance générale qui fait d’un sans-papier un simple élément administratif chiffrable dénué de toute part humaine (ce qui rappelle les analyses autour de comment les nazis ont réussi à faire perdre auprès de l’opinion publique toute dimension humaine à la figure du juif).

Bref, que cette délation spontanée soit le fait d’une électrice hortefiste ou d’une idiote sans cervelle, elle pose au travail social et à la société en général de nombreuses questions de fond et de forme.

Ce dessin de Eric Aperre de mars 2006 illustre bien la situation.

JPEG - 50.3 ko

Deux liens à lire :

le blog de Me Eolas, avocat qui a révélé l’affaire et publié l’intégralité du procès-verbal de délation.

Et un décryptage très intéressant, de forme et de fond, parl’Association Nationale des Assistants de Service Social.