De Napoléon à Edvige et Cristina

lundi 4 août 2008, par Etienne


Le 28 juin dernier, profitant de la fusion des RG et de la DST, le gouvernement a créé deux nouveaux fichiers joliment nommés EDVIGE et CRISTINA.

Un peu d’histoire nous aidera à comprendre le pourquoi de la mise en place d’un fichage systématique de la population et notamment de tous ceux impliqués dans la vie sociale, associative, syndicale et et politique.

Napoléon, déjà, avec le « livret ouvrier », souhaitait contrôler les déplacements des classes populaires. Mais c’est à la fin du XIXème siècle que la mise en place du « carnet B » est explicitement un moyen de contrôle de ceux qui ne suivent pas la voie tracée par l’Etat. Il recense les étrangers et les militants syndicaux et politiques, antimilitaristes, qu’il faut se tenir prêt à interpeller en cas de mobilisation. En 1914, il compte 2500 noms. Egalement à la fin du XIXème, les anarchistes sont recensés et la liste des plus dangereux est publiée. En 1894, tous les commissariats ont connaissance des anarchistes expulsés de France.

Durant les années 20, le fichier du policier Tulard recense les communistes. C’est ce même fichier qui sous Vichy recensera les juifs et sera transmis à la Gestapo.

Cette tradition du fichage depuis lors n’a pas faibli. Au début des années 1980, on voit apparaitre un fichier des militants anti-nucléaire. En 1985 c’est le fichier automatisé des empreintes digitales (Faed) qui voit le jour. Puis le STIC en 1988 (officialisé seulement en 2001). Il est aujourd’hui le plus gros fichier de police et contient des renseignements sur toutes les personnes mises en cause dans une affaire (éventuellement simples témoins). Il aurait un taux d’erreur de 25%. Le Judex (créé en 1986) est un peu le même, pour la gendarmerie. La fusion des deux est envisagée.

Après le FAED (empreintes digitales) en 1987, le FNAEG (empreintes génétiques, le fameux fichage ADN) est créé en 1998. A l’origine limité aux auteurs d’infractions sexuelles, il a été étendu et contient aujourd’hui l’ADN de 500 000 personnes suspectées dans des affaires allant du meurtre au simple tag, sans âge minimum.

Nouvelle étape de franchie dans le contrôle social en 2006, avec ELOI (voir cet article), qui devait recenser les étrangers en situation irrégulière ainsi que les personnes les hébergeant ou les visitant en centre de rétention. ELOI a été annulé par le conseil d’Etat mais recréé fin 2007.

En mars 2007, la loi de prévention de la délinquance crée encore de nouveaux fichiers, municipaux ceux-ci, recensant tous les élèves scolarisés et consignant leurs avertissements ou absentéisme. Cela s’ajoute au désormais célèbre « base-élève », fichier de l’éducation nationale stigmatisant les élèves en difficulté pour le restant de leur scolarité, heureusement réduit au minimum grace à une forte mobilisation.

En avril 2008, c’est ARDOISE (voir cet article) qui est créé puis suspendu suite à la mobilisation. Commun à la police et la gendarmerie, il devait comporter des éléments sur l’orientation sexuelle ou l’appartenance syndicale ou religieuse des personnes fichées. Il semble qu’il doive resurgir à l’automne.

On arrive au 28 juin 2008, où EDVIGE et CRISTINA font leur entrée en scène. EDVIGE (voir cet article, celui-ci et la pétition) doit recenser toutes les personnes impliquées dans la vie sociale, associative, politique, syndicale ou religieuse à partir de 13 ans et peut comporter des éléments sur la vie sexuelle, le comportement, le véhicule, le patrimoine, les opinions politiques, l’appartenance ethnique etc... CRISTINA est encore plus élargi mais classé secret, hors du contrôle de la CNIL et pas consultable par les personnes concernées.

La liste serait trop longue, la france comportant à ce jour au moins 37 fichiers. Nous terminerons avec la loi pour la confiance dans l’économie numérique de 2004, dont un projet imminent de décret d’application prévoit que tous les opérateurs du secteur des communications numériques devront archiver pour chacun de leurs clients les mots de passe, codes d’accès, pseudonyme, numéro de carte bancaire, contributions aux forums ou blogs etc...

Sous couvert de lutte contre le terrorisme ou la délinquance sexuelle, le fichage de la population se généralise et se systématise. Qu’il s’attache tout particulièrement aux opposants politiques montre bien que l’objectif poursuivi est en fait un contrôle social généralisé en vue de prévenir toute contestation du régime en place. Désormais l’ennemi contre lequel l’Etat cherche à se prémunir est aussi bien intérieur qu’extérieur et les intérêts à défendre sont avant tout économiques. La défense générale se met en place, au profit de quelques uns contre le plus grand nombre.