DES ASSISES POUR LE SOCIAL EN MEURTHE & MOSELLE

mercredi 14 juillet 2004, par Emmanuel

COLLECTIF DES SALARIES SYNDIQUES ET NON SYNDIQUES DU SOCIAL 54

SOUTENU PAR CFDT - CGT - CNT - FO - SUD


INTRODUCTION DE LA JOURNEE

(Mourad MEGHIRA)

Remerciements à tous les participants pour l’intérêt porté à cette rencontre.

Cette journée s’inscrit comme le prolongement de l’expression d’un groupe de salariés, syndiqués et non syndiqués, d’horizons professionnels multiples. Elle s’inscrit également dans une dynamique nouvelle, une perspective d’ouverture plus large de réflexions et d’actions, face aux réalités et aux enjeux qui traversent nos sociétés et plus spécifiquement le monde du secteur sanitaire et social.

Ce que nous évoquons là se réfère d’une part à l’histoire de ce qui a initié ce projet des Assises, devenu réalité ce jour, et d’autre part au sens que nous lui donnons au travers des thèmes qui y seront abordés.

S’agissant de la (petite) histoire des Assises, voici un bref rappel : Il y a 14 ans environ, s’est constitué un groupe de salariés syndiqués de la CFDT dont la particularité était de travailler en « milieu ouvert ». Composé de salariés du monde associatif (REALISE, SERMO, UDAF, OHS, CHRS...) et du public (Conseil Général, Protection Judiciaire de la Jeunesse), ce groupe s’était donné comme objet de favoriser -en dehors des différentes instances déjà existantes- les échanges entre ces différents services, sur les réalités professionnelles de chacun. Ces temps restent institués, sur le rythme d’une fois tous les mois et demi de 12 h à 14 h et de 14 h à 16 h depuis quelques mois (projet Assises). Ce créneau horaire du temps de repas, avec la formule de l’auberge espagnole, a permis à chacun de découvrir le contexte professionnel et syndical de l’autre, et parfois pour ceux qui dans leur service se sentaient malmenés et isolés, de trouver conseil, de s’organiser syndicalement et finalement de gagner là où les droits des salariés étaient contestés, voire bafoués. Ces temps de rencontre informels, ce « pique nique syndical » pour reprendre l’expression de certains de nos collègues, a ainsi constitué un moment privilégié d’échanges dont chacun s’est manifestement nourri (terme à prendre bien sûr dans sa diversité de sens)... Progressivement est apparue la nécessité d’élargir ces rencontres, tant au niveau professionnel en y intégrant des salariés des internats qu’au niveau des organisations syndicales. Ceci étant, des non-syndiqués s’y sont joints.

Aujourd’hui, ces rencontres se déroulent :
- avec la participation de toutes les organisations syndicales représentées dans notre secteur d’activité : CGT, CDFT, SUD, CNT, FO...
- avec une représentation trés large des différents secteurs d’activités (milieu ouvert, prise en charge mineurs et adultes, internat...)
- avec une représentation des différents professionnels de diverses qualifications et qui n’ont pas l’habitude de se rencontrer (assistant(e)s socia(les)ux, éducat(rices)eurs...) avec un nombre conséquent de non syndiqués (AS de secteur, CHRS...)

L’histoire de ce groupe, qui a permis la réalisation de ces Assises et de son évolution, se situe bien sûr dans un contexte économique, social et politique qui traverse nos champs professionnels.

A l’ère de la mondialisation, de (nouveaux) concepts empruntés à l’économie libérale et appliqués souvent sans nuance par une certaine technocratie et par la classe politique, le travail social dans son ensemble se trouve mis à mal dans ses principes d’intervention. Le secteur marchand investit de plus en plus le champ du social, tendant à prouver ainsi que celui-ci peut être rentable... mais à quel prix ?

Les identités professionnelles sont atteintes, au travers de l’usage de professionnels moins qualifiés dans certains postes ou au travers des projets de loi Sarkozy ou Perben I et II.

La liste serait longue pour énumérer toutes les atteintes qui sont portées sous couvert de mieux répondre aux besoins des usagers.

Or cet alibi est imposé surtout par une volonté de rationaliser les coûts, de les amoindrir et souvent sans réelle prise en compte des besoins, de la pauvreté qui s’installe de plus en plus et des disparités criantes, facteurs d’exclusion.

Enfin, on ne peut dissocier les enjeux qui nous concernent en tant que citoyens : sur la question de la retraite, de la sécurité sociale qui vont engager les générations futures.

Cette journée des Assises est bien la concrétisation des réflexions des professionnels et des actions syndicales qui ont été menées. Elle a aussi pour sens de s’inscrire dans la perspective des Etats Généraux du Social qui se dérouleront en octobre 2004.

En conclusion, nous exprimons l’espoir que ces Assises ne soient pas une fin en soi mais servent de tremplin sur ces deux axes : pour des actions unitaires des organisations syndicales face aux luttes qui sont à engager (et l’on mesure que cette idée révèle en soi un défi qu’il nous appartient de porter) permettre aux non-syndiqués de comprendre que l’action syndicale peut être le meilleur vecteur pour faire avancer les choses.

Fasse aussi que cet esprit d’ouverture qui a initié la rencontre de ce jour soit porteur de la parole de chacun et des perspectives des chantiers et luttes à mener !

SYNTHESE DE L’EXPRESSION DES DIFFERENTS PARTICIPANTS AUX ATELIERS

(à l’état brut)

1.Accueil en hébergement : les moyens de l’indignité ?

Etaient réunis différents professionnels dépendant d’organismes ayant à gérer l’hébergement des mineurs, des adultes, tels que : AEIM ; ALASA ; ARS ; CCAS ; CEDV (Santifontaine) ; CEFR ; CG 54 ; CIDF-CIF ; Grand Sauvoy ; Mairie Malzéville ; MECS Sadoul ; OHS ; OHS Flavigny ; PJJ ; REALISE ; REMM ; SERMO.

Le titre reflète tout à fait l’état d’esprit du débat : indignation générale.

Ce qui ressort du débat, c’est la gestion comptable qui domine la pris en charge des personnes en grande difficulté, que ce soient des enfants mineurs, des adultes en grande exclusion ou handicapés. Actuellement, la prise en charge tendrait à se réduire aux seuls besoins vitaux en mettant de côté la personne dans sa dignité ; ex. on parle de prix de journée, dispositifs, lits... Cela est d’autant plus choquant et scandaleux que les inégalités ne font que s’accroître dans cette société libérale : fortunes criantes. On assiste à une gestion de l’exclusion, une tendance à catégoriser avec ghettoïsation de la pauvreté (ex. en matière de logement)

Les conditions de travail sont dégradées :
- Embauche de personnels non qualifiés en CDD
- Les conventions collectives ne sont plus appliquées
- Travail hachuré, découpé,
- Culpabilité des salariés qui, ayant intégré la logique de moindre coût par peur de perdre leur emploi, ne parviennent pas à revendiquer des conditions de travail acceptables
- Instrumentalisation des associations qui sont mise en concurrence et ont intégré la logique de moindre coût...

Accueil des adultes handicapés :
- Politique de moindre coût
- Le plus souvent, ces personnes sont hébergées à vie dans des lieux collectifs avec comme seul lieu intime la chambre (et encore, pas toujours individuelle). Se pose le problème de la dignité humaine
- Embauche de personnels de moins en moins formés  retour en arrière dans le temps...

Accueil des adultes en grandes difficultés : ARS saturation de l’accueil d’urgence CHRS saturation avec parfois des conditions d’accueil dignes de la cour des miracles du fait de :
- afflux de demandeurs d’asile
- absence de logements (+ de logements démolis que de construits ; prévisions pour 2005 : plus aucun logement disponible ; la situation est explosive).
- Choix politiques concentrationnaires (ex. Nancy Haut du Lièvre) SAMU social : problème des moins de 25 ans (ni RMI, ni logement il existe pour ces jeunes une structure de 18 places avec saturation du dispositif. Pour pallier cette carence, mise en place par la DASS d’un lieu d’accueil sans hébergement  réponse indigne 66> déshumanisation. Infantilisation des adultes et identité de la personne bafouée.

Accueil des mineurs : Mise en cause du schéma départemental : « entre discours et réalité, il y a un fossé » Sous couvert d’un discours officiel innovant : prévention, préservation du lien social, qualité des accueils... La réalité est tout autre.
- Protection de l’enfance : impossibilité de trouver des réponses adaptées au manque de places. REMM (réseau éducatif 54) : insuffisance massive de personnel (7 veilleuses pour 20 bébés à la Pouponnière) et de places (lits dans les couloirs)
- MECS : conditions de travail dégradées ; réduction de personnels, plateau technique réduit. SERMO : trop de mesures ; pas de compensation des RTT  impossibilité de proposer des accompagnements soutenus et de qualité pour les enfants et leur famille.
- PJJ : accueil des populations carcérales et des mineurs en très grande difficulté. Mineurs de plus en plus jeunes et de plus en plus nombreux résultat de la politique répressive et sécuritaire au lieu de la prévention. Certains hébergements sont délabrés voire dangereux.

Perspectives
- Au niveau personnel et professionnel : résister à l’ambiance générale du moindre coût s’obliger à faire remonter tout dysfonctionnement
- Mettre en place des actions collectives pour exiger plus de qualité et faire stopper les effets vitrines.
- Mener des interventions politiques, syndicales offensives afin d’interpeller les hommes politiques en place.

Objectifs
- Garantir et améliorer nos conditions de travail
- Garantir la dignité des personnes et faire cesser les discours de façade qui justifient des restrictions budgétaires du traitement social et prévention trop coûteux.

2.Des politiques d’insertion aux politiques d’exclusion ?

Etaient présents : AEIM ; ALASA ; ARS (Camille Mathis - SEF) ; CCAS ; CEFR ; CG 54 ; CHS Laxou ; Grand Sauvoy ; IRTS ; Jeunes et Cité ; Régie quartiers mussipontains ; REMM ; SECAFI ALPHA Metz ; SERMO ; UDAF ; UREIL ; Vivre dans la ville

La trame de travail a été la loi de lutte contre les exclusions de 1998 La réflexion et le débat ont été menés autour de 4 thèmes : emploi, culture, logement, santé.

Au niveau de l’emploi : Les dispositifs sociaux (RMI, contrats CES, chantiers d’insertion...) mis en oeuvre depuis quelques temps dans le cadre de l’insertion par l’activité économique sont remis en cause par leur coût important et par leurs résultats estimés insuffisants. On tend vers une politique libérale : la volonté serait de laisser la question de l’emploi au secteur marchand et pour les plus éloignés de l’emploi, le caritatif pourrait prendre le relais. Ont également été évoquées les craintes quant aux positions actuelles du conseil général : les professionnels des associations craignent des risques de licenciements, des restructurations et la reconsidération du secteur social, dans la mesure où on voit apparaître la notion de résultat. Les craintes sont liées à cette notion de rentabilité : Pour être financé, il faudra des résultats en terme d’emploi. Or, ces résultats en terme d’accès à l’emploi ne sont pas liés uniquement à l’accompagnement des publics mais également et surtout à l’insuffisance de l’offre. Est ce aux professionnels du travail social d’en avoir la seule responsabilité ? La politique actuelle est focalisée sur le retour à l’emploi, Or, il est nullement pris en compte la réalité des publics rencontrés. Les publics sont souvent peu qualifiés, et ne peuvent accéder directement à l’emploi. La question de la valeur travail a été soulevée. On veut imposer l’insertion par l’économique comme une priorité. Du coup, ceux qui ne peuvent pas y accéder trouvent des voies parallèles voire illégales (ex. des jeunes en prévention spécialisée qui gagnent de l’argent par des marchés parallèles) et des actes disqualifient le discours des travailleurs sociaux. Différentes questions ont été soulevées : Y a-t-il du travail pour tout le monde ? Tout le monde est-il en capacité de travailler ? Peut-on se réaliser en dehors du travail ? Ne devrait-on pas trouver une autre forme de répartition des richesses ? Pourquoi n’y a-t-il jamais eu d’étude statistique sur le RMI ?

Au niveau de la culture : L’idée clé : le désengagement de l’Etat qui jusqu’alors jouait un rôle déterminant de tiers, d’expert, d’arbitre. L’impartialité de l’Etat était possible grâce à la non implication des fonctionnaires dans les enjeux locaux. On constate une diminution des budgets. Des conventions définissaient l’accès à la culture pour des publics en difficulté ; de plus en plus, l’accès à la culture et les actions culturelles sont laissées à l’initiative d’individus. La culture ne semble pas être une priorité au niveau des orientations politiques. Tous les professionnels soulèvent l’importance de travailler les aspects culturels pour permettre à l’individu d’accéder par la suite à une insertion plus globale. La culture apparaît pourtant bien comme un axe prioritaire de la loi de lutte contre les exclusions. Localement, il existe un lien entre le social et la culture ; il demeure toutefois fragile. Il dépend bien souvent des convictions des travailleurs sociaux. Il faut veiller à la poursuite de la réflexion et au maintien d’une dynamique.

Au niveau du logement : Le logement va bien en Lorraine (accession, achat par des frontaliers). Le coût du logement est élevé et l’indice de construction est fort. Cela a une incidence sur le coût des loyers et des charges annexes. Cela se traduit par un accès au logement de plus en plus difficile pour les personnes en situation de précarité y compris pour une grande partie des gens qui ont un emploi en intérim ou à temps partiel. 42 % des personnes vivant au dessous du seuil de pauvreté ont un emploi de ce type. Dans ce contexte, on observe une augmentation considérable des demandes (56000) dans le parc social HLM et un allongement de la durée d’attente (7 mois d’attente). En grande majorité, les élus ne sont pas tentés de développer leur parc social qui amène une population fragilisée. On constate de ce fait également une nette augmentation de l’accueil en CHRS, ainsi qu’un allongement dans la durée du séjour.

Pourquoi prendrait-on des risques avec certaines familles ? Le logement devient ainsi un moyen de pression sur la population ; pour accéder à un logement, à un échange, il faut un bon comportement. Or, le logement est un élément majeur de la vie sociale, et il faut au contraire repenser l’accès au logement comme celui de la santé sur le principe de la solidarité.

Au niveau de la santé : La santé est un droit pour tous. Pourtant le public est de plus en plus en état de souffrance, de mal être. Le stress lié au non emploi, à la non reconnaissance sociale augmente la somatisation et le mal être.

Pourtant, ce n’est pas forcément ce public qui a accès le plus facilement aux soins : Méconnaissance des droits, complexités administratives manque d’envie de se soigner.

On constate également un manque de moyens fort au niveau de la santé mentale (manque de place au CPN), alors que la souffrance liée aux difficultés sociales est en augmentation. Les personnes se retrouvent alors dans les structures d’hébergement avec des personnels peu préparés à cet accueil. Devront-elles en plus aller vers l’insertion par l’économique ?

Les TS se sentent souvent démunis face à la souffrance et face au peu de réponses proposées. De plus, ils manquent de plus en plus de temps pour la présence et l’écoute. Cela se répercute sur la santé des professionnels qui sont de plus en plus fatigués et plus en difficulté pour faire face à cette souffrance.

Cela a des conséquences graves : en effet, des personnes en situation de crise ne trouvent plus les lieux d’écoute, « pètent les plombs » et c’est une réponse pénale qui est trouvée.

Nous constatons une grande hypocrisie des politiques liées à la santé qui ont tendance à : culpabiliser la population qui surconsomme, les médecins qui ne font pas les bonnes prescriptions... Ne pas ou peu développer les politiques de prévention Stigmatiser la population en difficultés (exemple : utilisation de fausses cartes vitales ce qui ne correspond pas forcément à la réalité) La santé, l’éducation doivent-ils avoir des budgets équilibrés, être rentables ? (même si cela ne veut pas dire n’importe quelle gestion...) Or il y a volonté de privatisation du système (d’où recherche profits, d’où rentabilisation...). On veut trouver un bouc émissaire au trou de la Sécu, alors que le problème majeur c’est le chômage, les faibles salaires et le manque de cotisations sociales.

3.Secteur social : des travailleurs en « fin de droit » ?

Etaient présents : AEIM ; ALASA ; ALISES Briey ; CG 54 ; REALISE ; Santifontaine ; SERMO ; UDAF ; Vivre dans la ville ; Syndicat Magistrature

Public/privé : mêmes constats, à savoir :
- Remise en question des statuts et des conventions collectives nationales
- Diminution des salaires sur le moyen et long terme
- Perte des acquis sociaux
- Introduction du salarie au mérite
- Individualisation des carrières au détriment des statuts
- Précarisation et déqualification des emplois (CDD, salariés non formés...)

Nous notons les objectifs des employeurs et des politiques qui sont :
- Faire disparaître les droits collectifs des salariés (suppression CCN, remise en question du code du travail par le gouvernement sous pression du MEDEF)
- Instituer des promotions ou revalorisation de XXX pour mieux - les asservir et les neutraliser dans les décisions
- Faire disparaître certains établissements en les mettant en concurrence
- Transférer le travail social salarié vers le secteur caritatif pour limiter les coûts ou vers le secteur marchand pour les domaines qui peuvent être rentabilisés et apporter du profit Il y a en effet une ingérence de plus en plus grande des financeurs vis-à-vis des associations ce qui ne leur permet ni de fonctionner ni de répondre aux besoins des publics visés Nous pouvons nous demander si on ne nous oriente pas vers une prise en charge sociale sur le mode de la prestation de service. En effet, on ne crée plus de projet en fonction de la personne mais on fait entrer les personnes dans des cases déjà organisées même si elles ne correspondent pas.

Répercussions immédiates sur les salariés : Plus aucune possibilité de défense collective Les salariés sont rendus responsables personnellement et sont culpabilisés de l’absence de résultats... or c’est l’indigence des moyens et les décisions politiques qui sont responsables Ceci engendre un stress de plus en plus important, une grande souffrance au travail et une mise en danger professionnelle et personnelle des salariés. Les professionnels ne savent plus quel sens donner à leur travail et ne peuvent pas de ce fait défendre les droits des personnes suivies.

Malgré tous ces éléments, nous constatons que nous sommes confrontés à une sorte d’inertie de l’ensemble des salariés du secteur et à une faible mobilisation. Des moyens existent cependant pour faire respecter le droit des salariés dans le travail et, de ce fait, celui des publics avec lesquels on travaille.  Instances Comité d’Entreprise, Délégués du Personnel, Comité Hygiène et Sécurité/Conditions de Travail, Commissions Administratives Paritaires, Comité Technique Paritaire, Prud’Hommes...

Nous devons refuser le sacrifice des acquis sociaux et du droit du travail et utiliser ces instances en lien avec les représentations syndicales afin de constituer aujourd’hui des réseaux de convergence des actions.

4.Des politiques sécuritaires comme politique sociale ?

Etaient présents : ALISES Briey ; ARS ; CCAS Nancy ; CG 54 ; CHU ; CMPP Longwy ; CPN ; DRTEFP ; Grand Sauvoy ; IJS ; IRTS ; Jeunes et Cité ; Odyssée ; OHS CS Beauregard ; PJJ ; REALISE ; SERMO ; Synd. Magistrat ; UDAF ; Vivre dans la ville

Le débat a démarré avec la présentation de trois services éducatifs différents et de leurs missions respectives ; quel que soit le ou les modes d’intervention des travailleurs sociaux, on observe une mise en péril de leur rôle éducatif.

C’est d’autant plus vrai pour la PJJ où les missions sont recentrées sur le contrôle social et le glissement du travail en milieu ouvert vers des services de probation.

En prévention spécialisée, on observe de plus en plus une stigmatisation des populations précarisées liée à l’inflation des dispositifs et des procédures qui soumettent les gens (les TS comme les populations.

Le SERMO semble moins directement concerné dans le cadre de son travail mais ressent fortement le climat général sécuritaire autour des différentes lois et projets (Perben I et II, Sarkozy et décentralisation).

Ce qui a relié les trois services, c’est la notion de secret professionnel, secret partagé et partage d’informations ainsi que le partenariat.

Le débat a essentiellement tourné autour de ces notions et nous vous soumettons les questions posées : 1.jusqu’où « je » (en tant que personne, intervenant social) m’autorise à communiquer les informations dont je dispose et jusqu’où la loi m’oblige-t-elle à les communiquer ? 2.cela nous ramène à la question de l’éthique et de notre responsabilité individuelle dans la communication (ou le partage) ou non des informations et à qui ? Pour certains, le positionnement individuel ne suffit pas et il faut structurer collectivement une véritable résistance (aux lois et projets de lois). 3.Ce qui a fait le plus débat, c’est la question du partenariat avec la police. Pour certains, c’est quasiment impossible, ce ne sont pas les mêmes objectifs et pour d’autres, le dialogue est possible et nécessaire afin d’éviter de leur part les dérives sécuritaires que nous dénonçons.

CONCLUSION

Ces premières « Assises du social » ont été indéniablement un carrefour d’échanges très riches entre des professionnels du champ médico-social syndiqués et non syndiqués : en cela, c’est une étape très importante qui montre, qu’au-delà des corporatismes a priori très marqués, nous pouvons créer des espaces de rencontre, nous écouter, et nous exprimer dans le respect de chacun. C’est l’idée que les organisations syndicales peuvent dépasser leurs divergences pour tenter d’élaborer des revendications et des stratégies communes.

Cette rencontre nous a permis de faire un certain nombre de constats, communs à tous les champs d’activités professionnels présents, quelques soient nos places, nos fonctions, le public que nous accompagnons ; il existe des dimensions transversales à ces différents champs qui mettent en évidence : des logiques économiques et financières prépondérantes pour l’ensemble des financeurs de l’action sociale, qui pèsent de plus en plus sur notre qualité de travail au quotidien une inquiétude croissante des salariés sur ce qui se met en place et se dessine quant aux projets politiques en cours ( lois Sarkozi, Perben, réforme de la Sécurité Sociale, code du travail....) un lien entre la dégradation des conditions de vie des personnes accompagnées, et curieusement, en corrélation avec la dégradation de nos conditions de travail un accroissement de la culpabilité des salariés et d’une réelle souffrance au travail du fait de la pression que les employeurs leur font subir

D’une manière générale, c’est toute la question du sens de notre travail au quotidien qui est posée quel que soit la fonction professionnelle occupée, et la nécessité de créer du lien entre nous pour rompre l’isolement dans lequel nous nous trouvons.

Forts de ces constats, quelles réponses pouvons-nous donner aux problèmes évoqués ? A quels débats sommes-nous prêts dans la confrontation de nos pratiques et des concepts qui les sous-tendent ? Quelles perspectives pour le travail de demain ?

Des propositions ont déjà été évoquées en fin de journée, soit : des réunions thématiques élaboration d’une plate forme revendicative commune faire remonter les dysfonctionnements d’une manière systématique interpeller les élus faire des rencontres au sein des populations, au cœur de leur quartier élaborer une lettre d’appel de « désobéissance civique » faire circuler une pétition à la rentrée à l’ensemble des travailleurs sociaux.... Participer aux « Etats Généraux du Social »au mois d’octobre prochain

Pour prolonger la réflexion, la poursuivre de la manière la plus efficiente possible, il est nécessaire aujourd’hui de se définir un cadre de travail. L’objectif étant de continuer la mobilisation, les échanges entre le plus grand nombre de professionnels ; de construire une plate forme revendicative commune en fonction des problèmes, des dysfonctionnements rencontrés dans les différentes institutions pour provoquer, afin de créer un changement !

NOTEZ d’ores et déjà les prochains R.V. « pique-nique » syndical et interprofessionnel toujours au C.E. de REALISE (78 bd Foch à Laxou) entre 12h15 et 14h00 :
- le 14/09/2004
- le 12/10/2004
- le 09/11/2004
- le 14/12/2004

Comptant sur chacun de vous, A bientôt ! Mourad MEGHIRA.