DE LA PROTECTION A LA SANCTION

mercredi 22 décembre 2004

Appel à la création du collectif contre l’établissement pénitentiaire pour mineurs à Lavaur

La vie ne s’apprend pas en prison

Un Etablissement Pénitentiaire pour Mineurs à Lavaur


a.. Création d’une filière de l’enfermement : A la suite des Unités à Encadrement Renforcé est venu le Centre d’Education Renforcé, le Centre de Placement Immédiat, le Centre Educatif Fermé, pour aboutir à la prison pour Mineurs. En effet la LOPJ du 9 septembre 2002 a créé une nouvelle catégorie d’établissements pénitentiaires : des Etablissements Pénitentiaires pour Mineurs, « concept entièrement nouveau sans précédent en France, copié sur le modèle anglo-saxon », C’est faux en 1945 existe en France 9 établissements publics ou colonies pénitentiaires, les derniers centres à caractère carcéral ont fermé dans les années 70.

En France, ce sont 400 places,(7 E.P.M ; Valenciennes,Porcheville, Meaux, Lyon, Lavaur, Mantes la jolie,Orvault, Marseille) en plus des 922 existantes dans les quartiers pour mineurs qui seront créées, d’ici 3 ans, dans des structures indépendantes des prisons actuelles. Rien à voir avec les établissements de la protection judiciaire de la Jeunesse : foyers, centres éducatifs, suivi de jeunes en milieu ouvert ou en lieux de vie. « Ces unités, géographiquement et fonctionnellement distinctes des établissements pour majeurs, sont consacrées à la prise en charge éducative et à l’insertion professionnelle en détention » (discours de D. Perben, le 4 nov 2002). .

En Midi Pyrénées la capacité de cet établissement aura pour effet de multiplier par 8 le nombre de places d’incarcération pour mineurs.

Ainsi argumentées, ces structures deviennent, dans le discours du ministre, « la clé de voûte du dispositif d’accueil des mineurs délinquants. » !!

· Qu’est-ce qu’une prison pour mineurs ?

Une forteresse qui symbolise la puissance de l’Etat : un mur d’enceinte de 6 mètres qui a pour but de rappeler en permanence l’emprisonnement aux mineurs qui y sont enfermés, mais un mur discret, sans miradors, côté extérieur pour rassurer la population, fondu dans le paysage.

Les mineurs seront 60, de 13 à 18 ans, prévenus ou condamnés, garçons et filles, auquel se rajoute un quartier disciplinaire de 4 cellules.

C’est « véritablement une prison où tout est construit autour d’un projet éducatif » : éducative une prison ? Si nos politiques ont choisi ces formes « d’éducation carcérale », quelle représentation ont-il des jeunes ?

70% des jeunes qui passent en prison récidivent alors que les centres éducatifs ont un taux de réussite de plus de 60%.

Le quartier des mineurs (40 places) de la Maison d’arrêt de Seysses restent existant et accueillera les « plus récalcitrants »

· Fonctionnement de la prison

« Des espaces nécessaires à la vie collective encadrée (local de détente, salle à manger, espace plein air, local laverie.), des conditions de détention conformes aux exigences de confort physique et moral, d’hygiène et de sécurité (cellule de 10,5 m2, meublée, douche, TV encastrée, conception intégrant prévention du suicide) » : le luxe dans l’éducatif ? Comme aux gîtes de France, délivrera-t on des épis ou des étoiles ?

Des salles de classe, ateliers d’informatique, salles dédiées aux activités socio-culturelles ( médiathèque, arts plastiques, musique, vidéo, théâtre.), stade extérieur, salle de musculation, gymnase, 150 personnes (la moitié du personnel sera PJJ, l’autre moitié de la pénitentiaire) pour un suivi individualisé ou un encadrement en petits groupes : une publicité d’enfer pour un recrutement maximum !!

Pour avoir droit à des conditions d’éducation correcte, faudra-t il aller en prison ? Car, quand les délinquants ne sont pas encore en prison, que se passe-t il ? Le club de prévention du quartier ? Il n’a pas les éducateurs en nombre suffisant. Le chantier d’insertion pendant les vacances ? Les places sont limitées. L’application des décisions du Juge des Enfants ? Plus de six mois après. Comme au jeu de l’oie, il vaudra mieux passer par la « case prison » !

· Le coût de ces nouveaux établissements ?

90 millions d’euros, soit 225 000 euros la place. Le coût de la construction de la prison de Lavaur est équivalent à 8 ans de budget de fonctionnement des 20 services de prise en charge des jeunes à la PJJ en Midi Pyrénées soit 1200 jeunes. A ce prix là combien de postes d’éducateurs ? Combien de place en lycée technique ? Combien de poste d’insertion ? L’Etat confiera à des entreprises privées les fonctions d’intendance et de logistique, mais aussi les fonctions d’appui à la mission de réinsertion. Qui croyez-vous qui va gagner des sous dans cette affaire ?

Non, nous ne voulons pas d’une société qui traite sa jeunesse comme d’un ennemi intérieur !

Non, nous ne voulons pas que nos enfants deviennent les boucs-émissaires d’une société qui depuis plusieurs années laisse tout un pan de la population sur le bord du chemin !

Une société qui n’a d’autre projet que de punir sa jeunesse, condamne son avenir.

Quel que soit les moyens mis en avant par ces discours élaborés par les « pro » de la communication, ils discréditent les valeurs sur lesquelles repose l’éducation des enfants. Ils « habillent » d’éducatif ce qui restera, somme toute, de l’enfermement !

Nous appelons tous et toutes les personnes, citoyens, organisations, syndicats, associations à rejoindre le mouvement de protestation, contre cette politique de l’enfermement.

CONTRE la création des établissements pénitentiaires pour mineurs dont celui de Lavaur (81)

POUR et AVEC la jeunesse, nous avons la responsabilité de construire une société qui garantit à chacun une place dans la famille, à l’école, dans le quartier.