D’Edvige à EDVIRSP, où est la victoire ?

lundi 22 septembre 2008, par Etienne

Le recul du gouvernement sur le fichier Edvige peut être interprété par certain comme une victoire. C’est un leurre dans lequel le mouvement antidélation ne doit pas tomber. La police politique et ses fichiers demeurent ...


Ainsi donc, Edvige n’aura pas vécu vieille. Les antiavortement doivent trépigner : leurs amis de la droite dure ont noyé le bébé avant même sa naissance réelle. Fallait t-il qu’il soit laid !

Le suivant aura moins figure humaine : EDVIRSP, ça n’est pas dans le calendrier et les opposants seront bien embêtés pour trouver une date de manif rigolote.

Reste qu’il faudra bien quand même se mobiliser. Parce que si EDVIRSP est annoncé comme plus présentable, ça n’est guère qu’extérieurement. La vitesse avec laquelle le gouvernement a pondu un nouveau texte laisse à penser qu’il s’agit bien d’un plan B prévu dès le départ au cas où les dormeurs se réveilleraient. Or les plans B de ce gouvernement, on les connait et ils ne valent souvent pas mieux que l’original. Les simagrées de « résistance » de MAM la ministre face aux critiques ne sont probablement que cinéma pour ajouter à la crédibilité d’un recul.

Effectivement, cette nouvelle fourberie orwellienne pourrait bien laisser croire à une victoire : il s’appuie sur l’interdiction « en général » du fichage et se contente d’énumèrer les exceptions à ce principe (quoi de plus beau que de se poser en protecteur de ce-ceux qu’on agresse). L’article 1 interdit à la nouvelle Stasi (la DCRI) et au flic lambda de « collecter ou de traiter des données à caractère personnel qui font apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses ou l’appartenance syndicales des personnes, ou qui sont relatives à la santé ou à la vie sexuelle de celles-ci ». Voilà le cas des opposants de circonstance à Edvige réglé. Les Hollande et Parisot n’ont plus rien à craindre. Gageons qu’ils ne la ramèneront pas contre ce nouveau texte.

Ne seront fichés, paraît-il, que les « personnes dont l’activité individuelle ou collective indique qu’elles peuvent porter atteinte à la sécurité publique » et celles « faisant l’objet d’enquêtes administratives (…) pour déterminer si le comportement des personnes physiques ou morales intéressées est compatible avec l’exercice des fonctions ou des missions envisagées ». Porter atteinte à la sécurité publique, il en faut parfois peu ...

Pareil pour les mineurs, fichés que s’ils apparaissent comme une menace à la sécurité publique. Bien vague là encore et bien malin qui pourra dire sur quoi cette suspiscion sera fondée. Le droit à l’oubli à la majorité (d’ailleurs reculé à 21 ans en cas d’élément justifiant un fichage entre 16 et 18 ans) est certes une avancée mais ne change pas grand chose sur le fond. D’autant plus que comme pour la limite temporelle de 5 ans au delà desquels les données doivent être effacées, il est impensable techniquement que cette garantie soit appliquée.

Quant à la consultation réservée à des flics bénéficiant d’une autorisation spécifique, on sait bien qu’on n’évitera pas le commerce illégal des données, comme c’est déjà arrivé avec le judex en France ou avec des données d’assurances et de banques en Allemagne.

La CNIL publiera son avis dans un mois. S’il est légitime qu’elle se donne les moyens d’étudier le texte correctement, c’est aussi le délai rêvé par le gouvernement pour laisser retomber le soufflé de la mobilisation. De toutes façons, il est probable que cet avis souligne surtout les avancées par rapport à Edvige.

Bon, en fait, toutes ces considérations ne sont pas d’une réelle importance. Ce qui est important, c’est de se battre pour supprimer toute trace de police politique en France et ailleurs. Ce n’est pas parce que les RG ont toujours exister qu’on doit les tolérer. Ce n’est pas parce que les fichages en tout genre sont omniprésents qu’on doit les accepter. La mobilisation contre Edvige devrait être le catalyseur d’une réelle prise de conscience collective aboutissant à un mouvement de résistance d’ampleur contre la société de surveillance et de contrôle généralisé. Et pourquoi ce contrôle ? Ben pour défendre le capital, bien sûr. Alors sus à Big Brother, que l’on a reconnu sous les traits d’un nabot à Rolex. Nous fêterons la victoire quand ceux qui nous fichent seront vaincus. Et pour sûr, un certain nombre d’opposants de circonstance à Edvige ne seront pas de la fête ...

Au fait, et Cristina, on en fait quoi ?


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