Camisole

mercredi 1er mars 2006

par Antoine de GAUDEMAR QUOTIDIEN : mardi 28 février 2006


Votre bambin est intenable ? Il vole des cubes à ses petits copains de crèche ? Il tire les cheveux de sa voisine de maternelle ? Méfiez-vous, et courez chez le psy : votre enfant file un mauvais coton, il est même un délinquant potentiel et il faut le mettre d’urgence sous camisole chimique. On exagère ? Non. C’est à peu de choses près ce qu’a préconisé un rapport très officiel du très sérieux Institut national de la recherche médicale (Inserm), qui revendique un dépistage « prédictif » des troubles des conduites chez les enfants, dès leur plus jeune âge. Traquez les indociles, recommandent ces experts, surveillez les agressifs, ayez à l’oeil les manipulateurs en herbe, et traitez-les tant qu’il est temps : non seulement l’industrie pharmaceutique y gagnera un nouveau filon, mais ce seront autant de délinquants potentiels en moins. La voyance serait-elle désormais reconnue comme une nouvelle spécialité en médecine ? Ce ne serait qu’un sarcasme facile si on ne constatait pas un recours de plus en plus important aux antidépresseurs ou aux amphétamines pour les jeunes enfants. De quoi indigner des milliers de professionnels de la santé et de pédagogues, qui dénoncent notamment dans une pétition publique la confusion entre « malaise social et souffrance psychique ». Ils s’alarment d’autant plus que, dans un avant-projet de loi sur la délinquance, le gouvernement utilise les préconisations de l’Inserm pour justifier la création préventive d’un « carnet de comportement » dès l’âge de 6 ans. Une sorte de casier médico-judiciaire avant la lettre, en quelque sorte. On ne sait ce qui fait le plus froid dans le dos, du rapport orwellien de l’Inserm ou de son instrumentalisation politique à des fins sécuritaires. Santé publique ou danger public ?