Attac commémore les « conquêtes sociales » de la Résistance

Le Monde, Patrick Roger, 13 mars 2004

samedi 13 mars 2004


Voir en ligne : http://www.lemonde.fr/web/article/0...

Soixante ans après, le programme du Conseil national de la Résistance (CNR) inspire les altermondialistes. En commémorant l’anniversaire de son adoption, les 13 et 14 mars, l’association altermondialiste Attac entend montrer que « la résistance est toujours d’actualité ». Ce rassemblement au Palais des congrès de Nanterre n’a pas pour seule vocation de faire œuvre de mémoire, il se veut aussi celui des « alternatives au néolibéralisme ». Plusieurs figures de la Résistance seront ainsi présentes au cours de la douzaine de débats prévus ce week-end. Non seulement comme « grands témoins », mais en tant que « passeurs » d’un programme qui réclamait, entre autres, « l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières ».

Ainsi, lors de la présentation de cette initiative, lundi 8 mars, Stéphane Hessel, engagé dans la Résistance dès 1940, expliquait-il que celle-ci « est toujours aussi nécessaire ». « En 1944, il y a eu un Conseil national de la Résistance, ajoutait l’ambassadeur de France, actif dans de nombreux combats, notamment au côté des immigrés. Il nous faudrait aujourd’hui un conseil mondial de la résistance. » Pour M. Hessel, « les risques que nous courons aujourd’hui doivent donner lieu au même désir de porter une volonté de transformation ».

« LE DÉBAT DES UTOPIES »

Ce retour à l’histoire ne doit rien aux hasards de la chronologie. Célébrer aujourd’hui le programme qui proposait « un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence (...), avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’Etat »s’inscrit, selon Attac, dans une perspective de mobilisation contre la « destruction systématique des réformes issues de cette période ». Au premier rang des « menaces » contre le « socle de l’Etat-providence », les projets de réforme de l’assurance-maladie que le gouvernement devrait présenter avant la fin de la session parlementaire. « Comment expliquer que la France de 1945, ruinée, crée la Sécurité sociale, interroge le président d’Attac, Jacques Nikonoff, et que soixante ans plus tard, alors que les richesses ont été décuplées, les gouvernements détruisent peu à peu ses fondements ? »

Au-delà de la défense des « conquêtes sociales », la référence au programme de la Résistance entend contribuer à « ranimer le débat des utopies », comme l’explique Claude Alphandéry. Pour l’ancien lieutenant-colonel des Forces françaises de l’intérieur, il s’agit de rappeler qu’il n’a pas été « le fait de quelques grands penseurs, mais le fruit de discussions continues ». Le gaulliste de gauche Philippe Dechartre défend lui aussi « l’esprit et la méthode ». « Le programme du CNR est l’exemple de ce que peut donner l’esprit de délibération contre l’esprit de lobby », affirme l’ancien ministre du gouvernement Chaban-Delmas (1969-1972) et compagnon de la Résistance.

Le CNR, présidé par Jean Moulin, Georges Bidault et Louis Saillant, était en effet composé de représentants des forces de libération, de combat et de la Résistance, organisations civiles et militaires, francs-tireurs, mais aussi de représentants du Parti radical, des démocrates chrétiens, des Républicains nationaux, du PCF, de l’Alliance démocratique, du PS, ainsi que de la CGT et de la CFTC. Réunis en assemblée plénière, le 15 mars 1944, ils parvinrent à s’accorder sur un plan d’action et des mesures « destinées à instaurer, dès la libération du territoire, un ordre social plus juste ».

Pour les signataires de l’appel à la commémoration du programme du CNR, « les responsables politiques, économiques, intellectuels et l’ensemble de la société ne doivent pas démissionner ni se laisser impressionner par l’actuelle dictature internationale des marchés financiers ». Il faut « sortir de cet accablement qui amène les gens à supporter n’importe quoi », estime l’ancien résistant Raymond Aubrac.

Outre le rassemblement de ce week-end, à l’initiative d’Attac, le PCF organise de son côté une soirée, lundi 15 mars, à son siège, place du Colonel-Fabien, à Paris, et revendique lui aussi sa part d’héritage d’« un programme politique et social audacieux ».

Patrick Roger

• ARTICLE PARU DANS L’EDITION DU 14.03.04