Article paru dans le Monde

L’ étude de Jacques-Alain Bénisti, député UMP, prône la création d’un système de détection des signes de délinquance dès la crèche

samedi 12 novembre 2005


REPÉRER le futur délinquant dès le plus jeune âge, même avant l’école maternelle. Revaloriser l’internat dès le CM2. Supprimer les allocations familiales aux parents démissionnaires. Instal­ler des caméras de surveillance dans les quartiers les plus expo­sés. Placer certains adolescents à plus de 500 kilomètres de chez eux dans des familles d’accueil... Telles sont certaines des proposi­tions, parmi les plus marquantes, d’un rapport parlementaire « sur la prévention de la délinquance » que devait remettre, mardi 8 novembre au matin, le député Jacques-Alain Bénisti (UMP, Val-­de-Marne) à Nicolas Sarkozy.

Ce document n’a qu’un lien for­tuit avec l’actualité étant donné qu’il a été commandé il y a deux ans à la commission prévention du Groupe d’études parlementai­res sur la sécurité intérieure (Gep­si). Si sa finalité consiste à nourrir la réflexion du ministre de l’inté­rieur dans la rédaction d’un pro­jet de loi sur la prévention de la délinquance, il tombe cependant à propos pour M. Sarkozy, à l’heu­re où flambent les banlieues.

Le rapport sous-tend notam­ment l’idée que les signes avant-­coureurs de la délinquance peu­vent être détectés tôt, c’est-à-dire dès la petite enfance. « La préven­tion doit être précoce. Tous les pédopsychiatres s’accordent à dire que la base de l’éducation d’un enfant se fait entre 0 et 3 ans », indique M. Bénisti. Le député a renoncé à son projet initial consis­tant, pour les familles issues de l’immigration, à imposer le fran­çais comme langue unique à la maison. Présente dans son pré-rap­port d’octobre 2004, cette propo­sition avait provoqué un tollé dans le milieu de la prévention de la délinquance. « On a fait une erreur, reconnaît M. Bénisti. Quand une mère ou un père ont un message fort à faire passer à leur fils, il faut qu’ils le disent dans la langue de leur choix. » Le texte final a également gommé un cer­tain nombre d’assimilations mal­heureuses entre « immigration » et « délinquance », qui figuraient dans la première version.

La commission Bénisti prône aujourd’hui la création d’un « sys­tème de repérage et de suivi des diffi­cultés et des troubles du comporte­ment de l’enfant » qui serait mis en place non seulement dans les établissements scolaires (de la maternelle au lycée), mais aussi dans les crèches. Composé de pro­fessionnels attachés aux établisse­ments concernés et de personnes extérieures (parents d’élèves, pédopsychiatres...), ce dispositif appelé « Gécase » (GCASE : Groupe de coordination, d’aide et de suivi de l’enfant) se réunirait une fois tous les deux mois et aurait notamment pour mission d’affecter des « référents » aux enfants tout au long de leur par­cours scolaire. Rétribués, ces der­niers seraient des retraités de l’en­seignemen t. « Facultés des métiers »

Des retraités, mais de l’artisa­nat cette fois, seraient également sollicités au sein de la principale structure pédagogique imaginée par le rapport : des « facultés des métiers », établissements séparés physiquement des collèges et des lycées et permettant une remise à niveau scolaire et l’apprentissage d’un métier - parmi sept catégo­ries (bois, bâtiment, électronique, informatique...) - en quatre ans. Là aussi, la notion de précocité est mise en avant : les élèves en échec scolaire y seraient en effet admis dès l’âge de 12 ans. Le rap­port encourage, parallèlement, l’orientation vers l’internat de jeu­nes dès le CM2, mais aussi la créa­tion de structures situées à mi-chemin entre la maison des jeunes et l’antenne de l’ANPE. Vieux serpents de mer, l’installa­tion de caméras de surveillance et la suppression d’allocations fami­liales (de trois mois, pour un pre­mier avertissement, à dix-huit mois) sont également évoquées.

Si, après tout cela, l’adolescent âgé de 16 ans est toujours dans une démarche délinquante, il res­terait alors au système judiciaire une dernière solution, conclut le document : placer le jeune dans une « famille d’accueil » à plus de 500 kilomètres de son domicile, de préférence en milieu rural ou agricole, « mesure préférable aux centres fermés dans lesquels les délin­quants s’autosuggestionnent ». Le rapport Bénisti envisage enfin de créer une structure pyra­midale de décisions qui aurait à sa tête un secrétariat d’Etat à la prévention de la délinquance, sous l’autorité du ministre de l’in­térieur. Dont on attend mainte­nant de savoir quel usage il va fai­re de ces propositions.

FRÉDÉRIC POTET