Appels d’offres pour une « veille d’opinion »

dimanche 9 novembre 2008, par Etienne

Les ministères de l’Education Nationale et de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche lancent un appel d’offre visant à constituer une « veille d’opinion ». Le Service d’Information du Gouvernement en fait de même régulièrement.


Voir en ligne : l’appel d’offre sur le site gouvernemental des marchés publics

Nagerait-on en pleine science-fiction ? Voilà qu’on sous-traite maintenant en toute légalité à des officines privées le travail de la police politique.

Cet appel d’offre vise ni plus ni moins à confier à je ne sais quelle sorte d’entreprise privée un travail de surveillance généralisée de la population, via internet, la presse classique et alternative et autres moyens, afin d’anticiper les mouvements d’opinion.

Apparemment, il s’agirait donc de mettre en place des stratégies visant à adapter la communication de ces ministères dans la mise en place de ce qu’ils appellent des réformes. Ou d’adapter les réformes en question pour les faire passer plus facilement. On va pouvoir prévoir quelle mesure focalisera suffisamment l’attention et permettra de faire passer l’ensemble du texte lors de son retrait.

C’est déjà en soi une méthode lamentable et indigne d’une démocratie. On se fout des intérêts du peuple mais on s’assure les moyens de lui faire avaler toutes les couleuvres. Il ne s’agit pas de se préoccuper de l’opinion publique pour se rapprocher de ses intérêts, mais de s’en préoccuper pour mieux la contourner. Voire pour mieux l’influencer.

Il peut s’agir par exemple d’éviter qu’un « syndrôme OGM » ne se reproduise sur d’autres sujets (c’est la grande crainte des promoteurs des nanotechnologies ou de la biométrie, qui mettent en place des stratégies visant à éviter que l’opinion se réveille sur ces sujets).

D’ailleurs, il est clairement spécifié que la veille consistera également à repérer les leaders et à mesurer leur capacité d’influence.

Tout est spécifié dans ce document :

PDF - 42.5 ko
appel d’offre veille d’opinion

où on peut lire entre autres ceci :

Identifier les thèmes stratégiques (pérennes, prévisibles ou émergents)

_Identifier et analyser les sources stratégiques ou structurant l’opinion

_Repérer les leaders d’opinion, les lanceurs d’alerte et analyser leur potentiel d’influence et leur capacité à se constituer en réseau

_Décrypter les sources des débats et leurs modes de propagation _Repérer les informations signifiantes (en particulier les signaux faibles)

_Relever des indicateurs quantitatifs (volume des contributions, nombre de commentaires, audience, etc.)

_Anticiper et évaluer les risques de contagion et de crise

_Alerter et préconiser en conséquence

Personnellement j’aime assez le « risque de contagion ».

Mais derrière ça et l’apparente absence de lien entre ces ministères et les politiques sécuritaires actuelles, on peut craindre bien pire encore. Les données receuillies et les rapports établis pourront bien évidemment, malgré toutes les garanties qu’on nous promettra, être utilisées dans un cadre de fichage para-policier généralisé.

Ce petit artifice va permettre le recueil de données et leur utilisation en dehors du cadre réglementaire du fichage et du contrôle de la CNIL. Ils sont fins ! Laisserons nous faire ça aussi ? Jusqu’où iront -ils ?