A Vitry-le-François, expérimentation liberticide

Rouge - 03/06/04

vendredi 4 juin 2004, par gerard


Vitry-le-François sert actuellement de laboratoire d’expérimentation à la politique sécuritaire du gouvernement... Le 17 mars dernier, plus de 20 000 professionnels du champ social ont manifesté pour s’opposer au projet de loi interministériel pour la prévention de la délinquance, piloté par le ministère de l’Intérieur. Ce projet de loi en droite ligne des politiques sécuritaires de ces dernières années stigmatise les victimes des choix économiques libéraux comme autant de délinquants potentiels, et instrumentalise les professionnels du social en les cantonnant dans une fonction de contrôle social, dans une entreprise de neutralisation et de négation de leur éthique (droit au respect de l’individu et de la vie privée, devoir de confidentialité, indépendance politique...). Le gouvernement actuel, après les changements ministériels intervenus au lendemain des élections régionales, a confirmé, lors d’une rencontre entre le Collectif national unitaire, regroupant organisations syndicales et associations, et Catherine Vautrin, députée de la Marne et secrétaire d’Etat chargée de l’intégration et de l’égalité des chances (sic !), la poursuite de l’étude de ce projet et de son application pour la rentrée prochaine. Pour appliquer progressivement son projet de loi, le gouvernement, s’appuie sur la complicité complaisante de services de l’Etat et d’élus locaux. Ainsi en est-il du traitement réservé aux habitants des 23 villes ou quartiers qualifiés de « criminogènes » par Sarkozy, en janvier 2004, qui constitueront autant de laboratoires et de lieux d’expérimentation des dispositifs les plus liberticides découlant de ce projet de loi, comme à Vitry-le-François, dans la Marne. Dans cette ville ouvrière, à la paupérisation galopante, nulle remise en cause des politiques libérales et des dégâts qu’elles engendrent (plans de licenciements, recours à l’intérim, dégradation de l’habitat social...). En revanche, face aux difficultés sociales des Vitriats, le préfet, le conseil général et la mairie instituent un véritable quadrillage de la population par le biais d’un fichage systématique des personnes en difficulté, et imposent aux travailleurs sociaux, sous menaces de sanctions déguisées, d’établir des fiches nominatives mentionnant des éléments confidentiels (ressources, logement, difficultés de couple, d’éducation...), avec en parallèle la mise en place de la vidéo surveillance, et la création d’une police municipale. Cette expérimentation a vocation à être étendue à tout le territoire et exige une riposte massive. Il faut exiger de réels moyens pour développer les services publics de prévention, d’éducation, de santé, d’animation, pour permettre à tous l’accès aux droits sociaux et redonner leur dignité aux personnes touchées par la précarité. Les mobilisations, impulsées par le Collectif national unitaire, en lien avec plus d’une trentaine de collectifs locaux, continuent de s’organiser, avec comme mots d’ordre l’appel à la désobéissance et à la résistance. En perspective se dessine une réunion nationale des collectifs. Une journée nationale de grève et de manifestation aura lieu le 3 juin à Vitry-le-François. Ramon Burato