A Nantes, domicilier, c’est jouer les proxénètes

Libération, Nicolas de LA CASINIERE, 20 mai 2004

samedi 22 mai 2004

Une association inquiétée pour avoir prêté sa boîte aux lettres à des prostituées.


Voir en ligne : http://www.liberation.fr/page.php?A...

Complicité de proxénétisme. Police judiciaire et parquet nantais ont saisi cet argument pour chercher des noises à une association d’aide aux migrants. Seize dossiers de prostituées sierra-léonaises et nigérianes ont servi à la police judiciaire pour convoquer les responsables du Gasprom (Groupement accueil service promotion).

Dénigrement. Cette association nantaise a très régulièrement fourni à ces jeunes femmes une adresse administrative leur permettant de lancer la procédure de demande d’asile. Comme tous les autres postulants au droit d’asile qui peuvent, le temps de leurs démarches, recevoir leur courrier au local de l’association. Une aide entièrement gratuite, comme toutes les activités de cette antenne de la Fasti (Fédération des associations de solidarité avec les travailleurs immigrés). Fondé en 1966, le Gasprom mobilise 200 bénévoles qui prodiguent conseils juridiques, cours d’alphabétisation, assistance administrative... « On nous accuse d’être complices d’un réseau de proxénétisme pour avoir facilité la domiciliation de ces femmes, dit Cédric Graton, l’un des sept co-présidents de l’association. Juridiquement, même si la police garde la conviction que ces facilités sont sciemment accordées, ça ne tient pas : la domiciliation n’est pas une faute. La police veut qu’on se renseigne sur les professions de gens qui viennent à nos permanences et qu’on prévienne rapidement en cas de présomption de prostitution. C’est hors de question. »

Les militants s’inquiètent des effets du dénigrement qui peut altérer la confiance de ceux qui frappent à leur porte et entraver l’octroi de subventions.

Oppression. Moralement, les accusations des autorités ne sont pas plus plausibles que légalement : le Gasprom travaille étroitement avec Médecins du monde, le planning familial, le Nid, qui sont sur le trottoir, la nuit, auprès des prostituées... « Dans notre travail, nous réfléchissons sur les moyens à mettre en oeuvre pour sortir des milieux d’oppression. Ce travail nécessite un climat de confiance. La meilleure façon de lutter contre le proxénétisme est d’aider les prostituées à sortir de leurs griffes en leur donnant des papiers. » Un collectif de 25 associations et syndicats membres du collectif local d’aide aux sans-papiers apportent son soutien au Gasprom. Au parquet, on reconnaît s’intéresser de près au fonctionnement de l’association dans le cadre d’informations judiciaires ouvertes sur les filières de prostitution. Le procureur dit vouloir comprendre « le mécanisme d’attraction des personnes en situation irrégulière », tout en estimant que le principe de la boîte à lettres pérennise la situation.

Pesant ses mots, il dit vouloir « restituer un équilibre des choses, sans mettre en cause le militantisme », car la domiciliation au local de l’association brouille les recherches, d’où des condamnations par défaut et des amendes jamais recouvrées. Autant d’arguments qui sont ressentis par les bénévoles nantais comme un « contrôle policier des associations militantes ».