5 à 10.000 éducateurs contre l’obligation de délation

NOUVELOBS.COM | 17.03.04 | 18:40

jeudi 18 mars 2004, par Emmanuel


Voir en ligne : Le nouvel obs

Les travailleurs sociaux ont manifesté ce mercredi à Paris pour exiger le retrait du projet de loi Sarkozy de prévention de la délinquance, qui prévoit une obligation de signalement aux pouvoirs publics des familles en difficulté sociale ou éducative.

P lusieurs milliers de travailleurs sociaux venus de toute la France (4.700 selon la police, 10.000 selon les syndicats), ont manifesté mercredi 17 mars à Paris pour exiger le retrait du projet de loi Sarkozy de prévention de la délinquance, qui prévoit une obligation de signalement aux pouvoirs publics des familles en difficulté sociale ou éducative. Pour les syndicats CGT, FSU, Sud, UNSA et les coordinations et associations de travailleurs sociaux à l’origine de cette manifestation nationale, le projet de loi va instaurer une « obligation de délation » pour les personnels des services sociaux et éducatifs en contact avec des familles en difficulté, et faire de toute personne en situation de précarité un délinquant potentiel. Partis du carrefour des Gobelins mercredi à 12h30, les manifestants ont défilé jusqu’aux abords du ministère du Travail et des Affaires sociales -leur ministère de tutelle- dans une ambiance déterminée, avec force pétards, sirènes, cornes de brume et autres sifflets, en scandant « Prévention, oui !, délation, non ! », « Services sociaux, pas Renseignements généraux ! », ou encore : « Il est sécuritaire, il est antisocial ! A bas ce gouvernement ! ».

« Educateurs, pas indics »

"Résistance. Retrait du projet de loi de prévention de la délinquance. Prévention oui ! Délation non !« , pouvait-on lire sur la banderole en tête du cortège, tandis qu’un peu partout, les manifestants défilaient en portant de nombreuses pancartes dénonçant la philosophie du projet de loi : »Educateurs, pas indics« , »Prévention, répression, pas de compromission« , mais aussi, »La misère est-elle un crime ?" pouvait-on lire. Une banderole conseillait de « signaler le couple Raffarin-Sarkozy qui maltraite la France d’en bas ». « Les travailleurs sociaux, et plus largement les personnels éducatifs, prennent de plein fouet un projet en contradiction totale avec la réalité et les principes de leur travail » a dénoncé le secrétaire général de la Fédération syndicale unitaire (FSU), Gérard Aschieri, présent dans le cortège. « Avec ce projet, les populations en difficulté sociale, qui subissent déjà toutes les attaques de ce gouvernement en matière de chômage ou de RMI, vont être potentiellement considérées comme des délinquants » a expliqué de son côté Hervé Heurtebize, porte-parole du syndicat FSU des travailleurs des collectivités locales, dont les services sociaux.

Sarkozy pas le bon interlocuteur

« C’est un projet de société sécuritaire qui se dessine, dans la droite ligne des lois Perben sur la justice, et Sarkozy sur la sécurité intérieure » a-t-il ajouté. Outre l’exigence de retrait de ce texte, les syndicats de travailleurs sociaux considèrent que le ministre de l’Intérieur n’est pas leur interlocuteur, et ne doit pas s’immiscer dans le champ de la politique sociale. Lundi, Nicolas Sarkozy a reçu une délégation d’associations professionnelles du secteur, pour tenter de la rassurer en indiquant notamment que le texte ne prévoyait aucune remise en cause du secret professionnel. Visiblement, le ministre de l’Intérieur n’a, pour l’heure, pas convaincu ses interlocuteurs. AP