120 000 personnes fichées comme terroristes potentiels aux Etats-Unis

Le Monde avec AFP, 21 mai 2004

samedi 22 mai 2004

En plus de documents publics tels que le casier judiciaire et les données liées au permis de conduire, le système Matrix traite également des informations telles que les antécédents en matière de crédit et des données brutes fournies par des policiers.


Voir en ligne : http://www.lemonde.fr/web/article/0...

L’entreprise américaine chargée de gérer la base de données Matrix a fourni au gouvernement une liste de 120 000 personnes réalisant un « score élevé » dans ce système destiné, selon elle, à identifier des terroristes potentiels, a fait savoir jeudi une organisation de défense des droits civiques.

L’an dernier, Seisint Inc. a été chargée de gérer un programme pilote de mise en commun d’informations antiterroristes, le Matrix, qui permet aux forces de l’ordre de partager des informations et de passer rapidement au crible des milliards de dossiers informatisés pour repérer d’éventuels criminels. L’entreprise affime dans des documents officiels consultés par l’ACLU que cette liste a déjà permis de nombreuses arrestations.

Seisint a mis au point ce système peu après les attentats du 11 septembre 2001 contre les Etats-Unis, apparemment de sa propre initiative, selon l’ACLU. L’organisation a demandé au gouvernement de déterminer au moyen d’une enquête qui est autorisé à accéder à cette liste de 120 000 noms, et comment ces informations sont utilisées.

Elle a présenté ce système comme une violation grave de la vie privée, permettant à la police d’enquêter sur des millions de citoyens à leur insu. « Les gens figurant sur cette liste auraient des raisons de s’inquiéter », estime Barry Steinhardt, directeur du programme de l’ACLU sur la vie privée et les technologies. « Etre simplement associés à une liste liée au terrorisme suffira à nuire à ces gens. »

VIOLATION DE LA VIE PRIVÉE

Seisint n’a pas pu être contactée dans l’immédiat. La spécialité de cette entreprise est la création de produits permettant d’analyser rapidement des milliards de dossiers informatiques pour en extraire des informations utiles.

Les critères servant à passer au crible ces dossiers sont basés sur les profils des pirates de l’air du 11 septembre, et comprennent l’âge, le sexe, l’origine ethnique, les données figurant sur le permis de conduire, les éventuels brevets de pilote, les antécédents en matière de crédit et la proximité avec des adresses et des numéros de téléphone déjà identifiés dans des affaires criminelles, selon l’ACLU.

Seisint a fourni aux autorités fédérales la liste des personnes les plus « suspectes » après comparaison de leurs dossiers avec ces critères, et, selon les documents consultés par l’ACLU - qui a fait valoir pour les obtenir les lois sur la liberté d’information - elle se targue d’avoir contribué ainsi à de nombreuses arrestations.

En plus de documents publics tels que le casier judiciaire et les données liées au permis de conduire, Matrix traite également des informations telles que les antécédents en matière de crédit et des données brutes fournies par des policiers - ce qui, selon l’ACLU, peut entraîner la saisie de données erronées et causer du tort aux personnes fichées. « C’est un principe de base du droit américain, une tradition américaine de ne pas enquêter sur des gens à moins qu’on ait une raison de le faire, des soupçons suffisants », a rappelé Barry Steinhardt.

Matrix a été lancé en 2002 dans treize Etats réunissant plus de la moitié de la population américaine, mais beaucoup d’Etats l’ont quitté en raison de son coût et de réserves liées au respect de la vie privée. Seuls cinq Etats y souscrivent encore : la Floride, la Pennsylvanie, le Connecticut, le Michigan et l’Ohio, qui ne rassemblent que 19 % environ de la population des Etats-Unis.

Avec AFP